La domination des algorithmes dans l’industrie de la musique

Dans une récente entrevue au magazine Les Inrockuptibles, la chanteuse Clara Luciani nous explique la domination des algorithmes dans l’industrie de la musique :

Source : Istara [CC BY-SA 4.0]

On n’a pas deux albums pour faire ses preuves mais deux singles, dans le meilleur des cas. Si t’es absent des réseaux sociaux, t’es disqualifié. Le nombre de followers sur Instagram est surveillé. Tout est chiffré tout le temps.

Ce commentaire de Luciani a ramené à ma mémoire une conférence de Malcolm Gladwell que j’ai vu il y a une douzaine d’années. Dans celle-ci, Gladwell évoquait la carrière du groupe Fleetwood Mac qui ont lancé 10 albums avant d’arriver à « Rumours« , un des albums les plus vendus au monde avec 40 millions d’exemplaires écoulés depuis sa sortie. La création, le talent, a besoin de temps pour s’exprimer. Et si on laisse aux algorithmes la décision de soutenir ou non des artistes, je pense qu’on va passer à côté de grands artistes. Dans la même entrevue, Clara Luciani mentionne que son hymne féministe « La Grenade » a mis plus d’un an à atteindre les sommets du hit parade. Elle ajoute que « Ça montre à quel point il faut être persévérant pour faire de la musique aujourd’hui. Une chanson peut mettre un an à trouver le succès. » On décode aussi à travers ce commentaire une accélération des échelles de temps de l’industrie de la musique, qui n’incube probablement plus les talents sur le long terme.

3 commentaires sur “La domination des algorithmes dans l’industrie de la musique

  1. Je suis partiellement d’accord avec cette analyse du rôle des algorithmes. Je pense qu’elle sert malheureusement aussi de prétexte pour ne pas s’interroger sur notre compréhension des algorithmes, de leur fonctionnement et des (méta)données qu’on doit produire / mettre à disposition pour en tirer profit. C’était d’ailleurs le sujet de la conférence que j’ai donné vendredi matin dernier au Forum des innovations culturelles (faudra que je rédige un texte sur le sujet pour mon blogue).

    Je pense que c’est commode pour bien du monde de laisser croire que les algorithmes nous nuisent et/ou que les grandes plateformes défavorisent sciemment la culture québécoise / francophone, mais je pense que la réalité est bien plus complexe — et qu’on a bien plus de prise sur la suite des choses que cette interprétation peut le laisser croire.

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    1. Effectivement, les algorithmes ne sont ni bons, ni mauvais. Un peu comme la technologie d’ailleurs. Je proposais ainsi une nouvelle grille d’analyse il y a quelques semaines dans ce billet dans lequel je postulais qu' »on ne peut faire abstraction de la culture de l’entreprise qui a développé l’innovation ». Un « Facebook » créé par une autre personne n’aurait peut-être pas mené à la situation actuelle.

      Si je reviens au billet ci-dessus, mon inquiétude est beaucoup plus au niveau de la temporalité, du fait qu’on ne donne plus vraiment la chance au talent de s’exprimer, si on se fie uniquement au nombre de « likes ».

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  2. Je suis curieux et impatient de lire la suite Clément ! Car la problématique du réseau social est central dans la promotion des œuvres culturelles : même qu’un gros éditeurs (je ne dirai pas de nom…) ont eu cette stratégie pour une auteure qui démarre et que j’ai accompagné lors de la sortie de son livre : « Fais ta promotion sur ton réseau, si on voit que ça lève, on embarquera avec de la vraie promo ». J’étais sidéré et, disons-le… un peu découragé.

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