Pourquoi blame-t-on les écrans ?

Dans le Journal de la Philo du 5 septembre 2019, Géraldine Mosna-Savoye se questionne sur l’aversion contemporaine que la société commence à porter aux écrans de toute sorte. Elle émet l’hypothèse suivante, que je trouve fort intéressante. Ce n’est pas celle qu’elle retiendra, mais je vous la partage tout de même :

 il y a aussi tout ce qui se joue avec l’image, la représentation, l’art même. Les écrans sont ainsi l’occasion d’actualiser toutes les théories critiques de l’image, que l’on trouve de Platon jusqu’à Guy Debord : coupables de doubler la réalité ou de la fausser, coupables de nous tromper. Et là-dessus, les écrans seraient même pires que les images, car écoutez : on ne parle plus de ce qui est montré en employant le terme d’« écran », mais de ce qui montre, on s’en tient au support, à la surface. L’écran fait donc bien écran, et c’est ce qu’on lui reproche.

Évidemment, il est tentant de blâmer l’écran comme étant source principale de la duplicité, des mensonges qui émanent du web actuel. Comme on le voit souvent avec les nouvelles technologies, on a tendance à critiquer l’outil plutôt que l’être humain qui l’utilise. Mosna-Savoye ne tombe pas dans ce piège et conclut :

Si je me sens un peu bête après avoir regardé 10 heures de séries, pourquoi la faute en reviendrait aux écrans ? Les écrans font penser que je pourrais faire autre chose, autrement : parler plus aux gens, lire un livre… mais si je ne l’ai pas fait, ce n’est pas à cause du pouvoir d’attraction des images, mais parce que l’envie ou la volonté n’y étaient pas. Les écrans révèlent les regrets que l’on se crée d’une autre vie que l’on aimerait avoir, d’un autre moi que l’on aimerait être, d’une autre journée que l’on aurait aimé passer. Finalement, les écrans sont les meilleurs alliés de nos doutes, de nos inquiétudes, de quoi être lucides sur nous-mêmes (et sur notre bêtise).  

Le seul bémol que j’ajouterais à cette conclusion, c’est qu’il faut tout de même se méfier des applications qui utiliseraient des mécanismes addictifs de façon consciente. Dans ces cas précis, il ne s’agit plus d’un humain qui doute, mais bien d’une situation d’abus.

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