Contre la logique de l’optimisation : le courage de rendre

Belle histoire ce matin dans le Globe & Mail à propos de Rob Frith, un disquaire de Vancouver. L’article raconte la redécouverte d’une ancienne bande démo des Beatles, enregistrée lors de leur audition de 1962 pour Decca, et longtemps réputée perdue. Il décrit comment ce disquaire a retrouvé la bobine dans son stock de magasin et, plutôt que de chercher à vendre la bande démo, il la redonne à Paul McCartney. Ça mène à une rencontre incroyable entre un fan et une grande vedette internationale. Mais c’est la conclusion de l’article et les questions philosophiques soulevées qui m’ont le plus intéressés. Le journaliste Jonathan Dekel écrit :

In that context, the idea that something could be held briefly, cared for and then returned, without being monetized, leveraged or turned into narrative capital, feels almost oppositional. Frith’s decision refused the logic of optimization.

What lingers is a softer question: What does it mean to care for something you were never meant to own? And what obligations come with possession that is temporary, accidental or ethically thin?

Plein de pistes de réflexions importantes dans un monde où on cherche à constamment tout monétiser.

Laurence Devillairs : « c’est un choix éthique d’être gentil »

À force d’être répétée, cette petite musique a dévalorisé la figure du gentil, au profit de celles du cynique, du stratège, du dur à cuire, du « badass » comme on qualifie aujourd’hui avec admiration ceux qui n’hésitent pas à utiliser la force pour arriver à leurs fins, Pour preuve, notre fascination collective pour les personnages de méchants dans les œuvres de fiction. Serial killers, monstres sans scrupule et milliardaires sans âme saturent les séries, les films, les romans. On adore les détester, on se complaît à disséquer leur cruauté. A côté, les personnages de gentils paraissent tristement falots, voire carrément sans intérêt. Résultat : le mot même de gentillesse a presque disparu de notre vocabulaire. « Je suis frappée par cet effacement, souligne Laurence Devillairs. On la confond avec la faiblesse. Or, elle est une force et constitue même le plus grand des courages. On n’est pas gentil parce que l’on n’a pas le choix ou parce que l’on serait incapable de faire autrement. C’est l’inverse : c’est un choix éthique d’être gentil. »

« La force de la gentilesse », Le Nouvel Obs , 17/07/2025, p. 14