Nous devons faire confiance aux images – et nous devons aussi les soupçonner.

Plato was right: images and stories are two-faced. We need them to learn our way around the world when we’re completely helpless in it, well before we have any idea what we’re learning, or why it’s important. No wonder we trust them, and no wonder they’re an especially soft target for exploitation. We need to trust them – and we must suspect them.


Plato was right again: not knowing how to deal with images is a basis for personal and political disaster. A well-crafted story can affect us whether or not we think it’s actually true, since by default – in fact, by training – we trust them without thinking that they must meet ordinary standards of literal truth. It’s a lesson we relearn every day, startling ourselves with our own gullibility, and living with the consequences. From this perspective, it seems naive to think that we could fight the influence of lies and bubbles on social media with a thumbs-down button, or a ‘trustworthiness indicator’, or even classes in critical thinking. If we hope to find remotely plausible solutions, we should recognise how deep the problem runs.

Nathanael Stein, professeur de philosophie à Florida State University

Source : Can a philosopher explain reality and make-believe to a child? 

« Le plus grand danger pour l’information publique est peut-être la tendance croissante des personnalités publiques à prendre des libertés avec la vérité »

Se basant sur des données en provenance de Twitter, une étude récente de l’université de Sheffield semble démontrer que les mensonges des politiciens jouent un rôle très important dans la création et la diffusion d’infox (les « fake news »), au même titre que les sites de propagande ou les trolls. Cette recherche se concentre sur l’étude du rôle des acteurs motivés par des considérations politiques et de leurs stratégies pour influencer et manipuler l’opinion publique en ligne : soit les médias partisans, la propagande soutenue par l’État et la politique postvérité. Selon cette étude, « le plus grand danger pour l’information publique est peut-être la tendance croissante des personnalités publiques à prendre des libertés avec la vérité ».

L’étude donne en exemple le fait que deux des affirmations trompeuses faites par les politiciens (dans le cadre de la campagne du Brexit) ont été citées dans 4,6 fois plus de tweets que les 7,103 tweets liés à Russia Today et Sputnik et dans 10,2 fois plus de tweets que les 3,200 messages liés au Brexit partagés par des comptes troll russes.

L’étude conclut notamment en disant qu’il faut systématiquement continuer à dénoncer ces mensonges des politiciens pour lutter efficacement contre ceux-ci.

Vous pouvez lire l’étude au complet (version .pdf) ici.

L’allégorie de la caverne pour décoder la puissance des infox?

J’ai récemment entendu que l’on pouvait utiliser l’allégorie de la caverne (allégorie mentionnée par Platon dans le livre 7 de La République) pour illustrer les difficultés à faire changer d’idée les gens qui croient dur comme fer aux infox, légendes urbaines ou autres croyances populaires.

Retournons donc au texte original pour s’en convaincre. D’abord le contexte :

Figure-toi des hommes dans une demeure souterraine, en forme de caverne, ayant sur toute sa largeur une entrée ouverte à la lumière; ces hommes sont là depuis leur enfance, les jambes et le cou enchaînés, de sorte qu’ils ne peuvent bouger ni voir ailleurs que devant eux, la chaîne les empêchant de tourner la tête; la lumière leur vient d’un feu allumé sur une hauteur, au loin derrière eux; entre le feu et les prisonniers passe une route élevée : imagine que le long de cette route est construit un petit mur, pareil aux cloisons que les montreurs de marionnettes dressent devant eux, et au-dessus desquelles ils font voir leurs merveilles.

Schéma du concept de l’allégorie de la caverne. Source: Wikipedia

En résumé, dans une caverne, des hommes sont enchaînés, ils n’ont jamais vu la lumière du jour et ils ne voient que des ombres projetées sur les murs de leur caverne par un feu allumé derrière eux. C’est leur « réalité » .

Lisons plutôt la suite :

Considère maintenant ce qui leur arrivera naturellement si on les délivre de leurs chaînes et qu’on les guérisse de leur ignorance. Qu’on détache l’un de ces prisonniers, qu’on le force à se dresser immédiatement, à tourner le cou, à marcher, à lever les yeux vers la lumière : en faisant tous ces mouvements il souffrira, et l’éblouissement l’empêchera de distinguer ces objets dont tout à l’heure il voyait les ombres. Que crois-tu donc qu’il répondra si quelqu’un lui vient dire qu’il n’a vu jusqu’alors que de vains fantômes, mais qu’à présent, plus près de la réalité et tourné vers des objets plus réels, il voit plus juste? si, enfin, en lui montrant chacune des choses qui passent, on l’oblige, à force de questions, à dire ce que c’est? Ne penses-tu pas qu’il sera embarrassé, et que les ombres qu’il voyait tout à l’heure lui paraîtront plus vraies que les objets qu’on lui montre maintenant? (…)

Et si on le force à regarder la lumière elle-même, ses yeux n’en seront-ils pas blessés? n’en fuira-t-il pas la vue pour retourner aux choses qu’il peut regarder, et ne croira-t-il pas que ces dernières sont réellement plus distinctes que celles qu’on lui montre? (…)

Imagine encore que cet homme redescende dans la caverne et aille s’asseoir à son ancienne place : n’aura-t-il pas les yeux aveuglés par les ténèbres en venant brusquement du plein soleil? (…)

Et s’il lui faut entrer de nouveau en compétition, pour juger ces ombres, avec les prisonniers qui n’ont point quitté leurs chaînes, dans le moment où sa vue est encore confuse et avant que ses yeux se soient remis (or l’accoutumance à l’obscurité demandera un temps assez long), n’apprêtera-t- il pas à rire à ses dépens, et ne diront-ils pas qu’étant allé là-haut il en est revenu avec la vue ruinée, de sorte que ce n’est même pas la peine d’essayer d’y monter?

Platon semble nous dire que voir la vérité est douloureux, que l’éducation est souffrance, qu’il faut travailler dur pour comprendre. Il serait plus aisé de rester avec sa vision originale de la vérité. Et quand nous revenons parmi nos pairs d’origine, ceux-ci ne comprennent pas notre désir de vérité et la souffrance qui l’accompagne. On préfère rester dans notre bulle de filtrage qui est beaucoup plus confortable.

Et vous que pensez-vous de ces écrits de Platon?

Merci à cette émission des Chemins de la philosophie, qui m’a mis sur la piste de ces quelques réflexions.

Pourquoi les faits ne nous font pas changer d’avis

This lopsidedness, according to Mercier and Sperber, reflects the task that reason evolved to perform, which is to prevent us from getting screwed by the other members of our group. Living in small bands of hunter-gatherers, our ancestors were primarily concerned with their social standing, and with making sure that they weren’t the ones risking their lives on the hunt while others loafed around in the cave. There was little advantage in reasoning clearly, while much was to be gained from winning arguments.

Among the many, many issues our forebears didn’t worry about were the deterrent effects of capital punishment and the ideal attributes of a firefighter. Nor did they have to contend with fabricated studies, or fake news, or Twitter. It’s no wonder, then, that today reason often seems to fail us. As Mercier and Sperber write, “This is one of many cases in which the environment changed too quickly for natural selection to catch up.”

Extrait tiré de l’article du New Yorker « Why Facts Don’t Change Our Minds« , à propos du livre « The Enigma of Reason » de Mercier et Sperber dans lequel les auteurs se demandent « if reason is that reliable, why do we produce so much thoroughly reasoned nonsense? « . À lire si vous vous intéressez au fonctionnement du raisonnement humain.

Lien trouvé dans l’excellente lettre d’information Weekend Briefing.

 

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