Réflexions sociologiques à propos du bouchon sur l’Everest

Comme plusieurs d’entre vous, j’ai été stupéfait le 22 mai dernier de voir cette photo de l’alpiniste Nirmal Purja prise au sommet du mont Everest. Elle est tellement surprenante que j’ai d’abord cru à une fausse nouvelle, à une utilisation d’un logiciel de retouche d’image. Lorsque j’ai réalisé qu’il s’agissait d’une véritable photo, je me suis rapidement demandé quels étaient les ressorts qui poussaient ces grimpeurs à vouloir escalader le plus haut sommet du monde. J’ai trouvé dans Libération cette analyse de Seghir Lazri, doctorant en sociologie, dont voici un court extrait :

L’augmentation radicale du nombre de grimpeurs au sommet de l’Everest apparaît comme le résultat d’un conditionnement social très marqué. Ainsi, comme le note l’ethnologue Eric Boutroy, par la valorisation de l’effort individuel et le goût du risque, l’expédition devient «une métaphore en action du culte de la performance». En somme, pour éviter ces types de drames, et autres événements mettant en danger des individus au plus haut sommet du monde, il faut implicitement repenser notre société, et cesser de promouvoir au travers les instances socialisatrices, comme peuvent l’être l’école ou le monde du travail, une logique permanente de dépassement de soi.

Je me demande aussi si, dans un monde de mise en scène, amplifié par les médias sociaux, il n’y a pas une quête absolue d’authenticité, un désir de rareté d’expérience. Et la conquête du Mont Everest, jusqu’à la semaine dernière, semblait être un exploit rarissime, qui permettrait aux individus de démontrer leur unicité. Quelle déception cela doit être pour les participants de réaliser qu’ils ne sont pas « uniques » dans cette aventure. À moindre échelle, ça me fait penser à cette vidéo qui démontre que les photos de voyage sur Instagram sont rarement (jamais?) uniques.