Claude Lefort (1924-2010), philosophe anti­totalitaire et penseur de la démocratie.

Reconnaître la singularité de la vie démocratique, ce n’est aucunement s’arc-bouter sur l’ordre en place ni délégitimer sa contestation ; c’est, au contraire, mesurer le prix d’un espace à la texture fragile, tissé de droits conquis et de libertés ­vécues, de réflexes ­ordinaires et d’élans passionnés, espace lui-même indissociable de combats émancipateurs dont il demeure étroitement solidaire. Au milieu du brouhaha, malgré la mauvaise foi, on devrait pouvoir affirmer cela, comme le fit sans relâche Claude Lefort, dont toute l’œuvre tente de préserver la nécessité d’un double geste : soumettre la démocratie réellement existante à une critique impitoyable, dénoncer sans relâche ses limites, ses hypocrisies, ses compromissions, ses violences (policières, notamment) et, en même temps, ne jamais céder au périlleux ­confusionnisme qui conduit à ­occulter la différence avec les ­régimes autoritaires.

Birnbaum, Jean (2019, 1er fév.). « Claude Lefort, lecture salutaire contre les trolls « antisystème » pour qui les Français vivent déjà en dictature » , Le Monde des livres, p.7.

Effets pervers des réseaux sociaux sur la démocratie

… ce contenu sur mesure des réseaux sociaux ne participent pas au développement de la démocratie délibérative dès lors qu’il favorise un entre-soi de la pensée et qu’il produit des communautés ciblées d’humeurs. Paradoxalement, les réseaux sociaux renforcent une forme de repli sur soi des internautes, tant dans leurs opinions politiques individuelles et militantes que dans leur manière d’appréhender un monde pourtant vaste.

« Les réseaux sociaux sont-ils des ascenseurs contestataires ? » par Coralie Richaud, juriste, tiré d’un récent numéro du magnifique hebdo Le 1.