La mise en scène du bonheur

Sur Aeon, on retrouve une fantastique analyse de Cody Delistraty à propos de l’industrialisation du bonheur. Il note combien le bonheur est maintenant une question de mise en scène. Extrait :

This imperative to avoid being – even appearing – unhappy has led to a culture that rewards a performative happiness, in which people curate public-facing lives, via Instagram and its kin, composed of a string of ‘peak experiences’ – and nothing else. Sadness and disappointment are rejected, even neutral or mundane life experiences get airbrushed out of the frame.

Avec stupeur, on y découvre un certain parallèle avec « Le meilleur des mondes » d’Aldous Huxley, roman dystopique publié en 1932. Extrait d’une analyse du magazine Philitt :

Dans cette société huxleyienne, il est interdit d’être malheureux. Dès qu’une pensée mauvaise traverse l’esprit, il suffit de  prendre du Soma, une drogue définie par l’Administrateur comme constituant « tous les avantages du Christianisme et de l’alcool sans aucun de leurs défauts », c’est une sorte d’anxiolytique, incontournable pour retrouver le sourire. Le conditionnement des individus les pousse non seulement à être heureux de leur sort et de la caste à laquelle ils appartiennent  mais les détermine à penser qu’une situation autre est inenvisageable. 

Delistraty nous explique que (ma traduction) « si nous continuons à nous laisser manipuler en aspirant constamment aux pics de bonheur, nous nous exposons non seulement à la manipulation du marché, mais également à la solitude, à un manque de jugement et, paradoxalement, à une tristesse durable. Il termine en recommandant : « Et si, au lieu de cela, le bonheur était une chose qui va et qui vient, et que la négativité est fondamentale pour la vie et, ironiquement, pour notre bonheur? Et si on révisait notre point de vue: ne pas désirer [à tout prix le bonheur] mais être satisfait de tous nos sentiments ? »

Dani Rodrik et sa solution pour lutter contre le populisme politique

Publiée le 1er novembre dernier, on retrouve dans le journal Le Monde une lettre d’opinion de Dani Rodrik, professeur d’économie politique internationale à la John F. Kennedy School of Government de l’université Harvard. Intitulée « Le populisme économique, seul moyen de lutter contre le populisme politique », on y retrouve deux des raisons principales de la montée du populisme politique. Rodrik écrit :

Dani Rodrik
Photo by Andrzej Barabasz
[CC BY-SA 3.0]

Alors que les jeunes générations ont adopté les valeurs « postmatérialistes » qui promeuvent la laïcité, les libertés individuelles, l’autonomie et la diversité, les générations plus âgées se sentent de plus en plus aliénées, « étrangères dans leur propre pays ». Dans un raisonnement similaire, Will Wilkinson, du think tank américain Niskanen Center, souligne le rôle de l’urbanisation dans cette fracturation de la société en termes de valeurs culturelles (mais aussi de situations économiques).

Selon cette analyse, la montée du populisme politique viendrait donc d’un clivage entre générations et aussi d’une division entre urbains et non-urbains. Tout cela est probablement accéléré par le fait que le taux de participation des jeunes aux élections est faible. À ce propos, il faut lire notamment i) cet article sur le taux de participation des jeunes Français aux élections européennes et ii) cette analyse d’Élections Canada.

Quant à la solution de Rodrik pour lutter contre ce populisme politique, il propose la mise en place d’un « populisme économique ». Je peine à comprendre toutefois la différence entre sa proposition et les programmes issus de la social-démocratie (et autres propositions venant de traditionnellement des partis politiques de gauche).