Pourquoi les peuples se soulèvent

Si vous suivez l’actualité depuis quelques mois, vous avez été témoins de soulèvements populaires un peu partout sur la planète (j’avais évoqué cette situation dans un billet le 14 septembre dernier). Plusieurs médias s’intéressent au phénomène et nous aident à décoder ces révoltes.

Commençons par une série d’articles et d’analyses publiés dans le journal Le Monde du 8 novembre 2019. On y apprend que « la fréquence des mouvements de protestation s’est aujourd’hui nettement accélérée » et que « grâce aux réseaux sociaux, nous les découvrons quasi en temps réel. » Chaque soulèvement débute par une étincelle telle que « différentes mesures touchant directement au coût de la vie, et d’apparence souvent dérisoire » qui provoque « de véritables ondes de choc, caractéristiques de l’effet papillon » (l’article regorge d’exemples pays par pays de ces mesures). Il y a aussi une « déferlante de manifestations aux causes plus politiques, essentiellement autour de revendications démocratiques ». Plusieurs facteurs d’incertitude contribuent à cela dont notamment « le ralentissement global de l’économie, l’accroissement vertigineux des inégalités sociales et la crise de la démocratie représentative. (…) Dernier fait notable, la répression n’entraîne pas une baisse de la mobilisation. »

Dans un entretien avec le politiste Bertrand Badie, il nous explique que « c’est l’acte II de la mondialisation qui a commencé » en définissant le premier acte comme ceci : « l’acte Ier tenait à cette construction naïve qui s’est développée après la chute du mur de Berlin, faisant de la mondialisation le simple synonyme de néolibéralisme, concevant la construction du monde par le marché et marginalisant aussi bien le politique que le social. ». Il s’agirait donc du juste retour du balancier, qui avait pris forme par « la droitisation du monde », tel que défini par l’historien des idées François Cusset dans le livre du même nom.

Finalement, dans un éditorial intitulé « Une exigence planétaire : reconquérir la démocratie », Le Monde propose des pistes de solutions : « Il faut se réjouir de ce changement d’époque et aider les mouvements en cours à éviter les pièges du nationalisme, à déboucher sur un rééquilibrage en faveur du politique, du social et de l’environnemental, mais aussi à des réformes fiscales compensant les inégalités de revenus, à des mécanismes de solidarité renouvelés, à la construction de corps intermédiaires réellement associés au pouvoir, à des Etats plus soucieux du bien-être des populations déshéritées que de la rente de leurs dirigeants. »

Passons maintenant au discours du Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, prononcé lors du Forum de Paris sur la paix le 11 novembre 2019. Dans celui-ci, Guterres évoque cinq risques globaux, qui me semblent tout à fait en lien avec les revendications observées dans ces soulèvements planétaires :

  1. Le danger d’une fracture économique, technologique et géostratégique.
  2. Une fissure du contrat social
  3. La fissure de la solidarité.
  4. La fissure entre la planète et ses habitants. 
  5. La fracture technologique. 

Finalement, pour affiner notre compréhension, le thème du superbe hebdomadaire « Le 1 » du mercredi 13 novembre 2019 était « Pourquoi les peuples se soulèvent ». En entrée de jeu, Julien Bisson déchiffre la situation en proposant quelques « fractures communes : crise de la démocratie représentative, creusement des inégalités, corruption endémique, monopolisation du pouvoir. »

Quant à Michel Foucher, géographe, il nous invite tout de même à ne pas généraliser trop vite : « Ce n’est pas parce que ces images sont tournées le même jour que ces soulèvements ont les mêmes causes ; chacun a sa genèse propre. Avec les médias sociaux adeptes du « présentisme » et les chaînes d’information en continu, un mouvement social devient une marchandise médiatique. »

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