L’antidote à l’accélération selon Carlo Levi

Je suis encore dans ma lecture du superbe « Six Memos for the Next Millennium » d’Italo Calvino. Vous trouverez d’ailleurs un premier billet à propos de ce livre ici. Après avoir abordé la légèreté, le deuxième mémo traite de la rapidité et dans ce chapitre, Calvino cite un contemporain, l’écrivain Carlo Levi. Extrait :

If a straight line is the shortest distance between two fatal, inescapable points, then digressions lengthen that line – and if these digressions become so complex, tangled, tortuous, and so rapid as to obscure their own tracks, then perhaps death won’t find us again, perhaps time will lose its way, perhaps we’ll be able to remain concealed in our ever-changing hiding places.

Dans ce texte, les deux points inéluctables décrit par Levi sont la naissance et la mort. Effectivement, être happé par un monde en accélération ne signifie-t-il pas une impression d’aller au bout de notre vie plus rapidement ? À réfléchir. Mais si c’est le cas, Levi nous propose de digresser, de nous perdre en chemin. C’est beau.

Le rôle des opinions et de la vérité en démocratie

Extrait d’une entrevue donnée par le philosophe Jean-Claude Monod, directeur de recherche au CNRS, au journal Le Monde le 3 avril dernier. Dans celle-ci, Monod nous explique le rôle des opinions et de la vérité en démocratie, en s’inspirant de Hannah Arendt.

Il y a deux choses sur lesquelles il faut veiller, comme le soulignait déjà Hannah Arendt dans son texte « Vérité et politique ». Premièrement, c’est l’opinion, et non la vérité, qui régit la démocratie, et il faut prendre garde à ce que les gouvernants ne se croient pas détenteurs d’un monopole de la vérité. Le pluralisme est une condition de la démocratie. Autrement dit, il n’existe pas de rapport simple entre vérité et démocratie.

Mais il faut également insister sur l’idée que l’opinion publique en démocratie a besoin de s’appuyer sur des faits, sur ce qu’Arendt appelle « des vérités de fait ». L’abandon de l’idée de vérité constitue un péril pour la démocratie tout autant que son monopole. Il ne faut donc pas considérer que tout est absolument relatif et sujet à perspectives et c’est aussi par là qu’Arendt distingue un pouvoir démocratique d’un pouvoir totalitaire : un pouvoir totalitaire peut passer son temps à transformer l’Histoire.

Ce qui est important de retenir ici, c’est que l’exercice de la démocratie vient de la confrontation des idées, des opinions. Cela rejoint la position d’Edgar Morin citée dans ce billet du 1er avril 2019. On voit aussi le risque de dérive vers le totalitarisme si un pouvoir prétend détenir le monopole de la vérité. On revient ici au besoin (exprimé par Aurélie Filippetti dans ce billet de mars 2019) de bien équiper la population avec des outils pour permettre la distinction entre une opinion et une vérité scientifique.

Montrer ses valeurs morales dans les médias sociaux

Dans cet article récent du magazine Quartz, la journaliste Olivia Goldhill explore le phénomène des gens désireux de montrer leurs valeurs morales dans les médias sociaux. Comme elle le mentionne dans son article, nous avons tous vu ces messages tel que « Faites un compliment, cela peut rendre la journée de quelqu’un plus agréable. » ou « soyez gentil avec les autres ». Ces messages sont probablement bien intentionnés, mais ils sont gênants surtout si vous savez que la personne qui les envoie n’est pas particulièrement gentille ou offre peu de compliments dans la vie. Le débat ne date pas d’hier car Socrate a exploré ce phénomène il y a plus de 2000 ans, mais les médias sociaux changent la donne. Extrait avec citation de Marcus Folch, professeur à l’Université Columbia :

There are differences between those who assert their moral worth on social media in 2019 and an authority figure in Ancient Greece doing the same. In particular, as we don’t necessarily interact with online contacts in real life, there’s greater license to create an exaggerated impression of one’s own morality online as there would be in person. “In an ancient society, people know you. They see how you actually live, or at least parts,” says Folch. “On social media, you’re allowed to create an illusion. It’s highly constructed and there’s very little way to regulate that illusion.”

Et voilà encore ce désir de mise en scène, de création d’une illusion, un de mes sujets de prédilection dans ce blogue.